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  • Colloque Université Paris Nanterre 15-16 juin 2017

"L'Attachement aux cyber-choses"

publié le 8 Mai 2017 par Laboratoire Sophiapol (EA 3932), Université Paris Nanterre

15 Juin 2017 / 9:30 - 16 Juin 2017 / 18:00

Colloque "L'Attachement aux cyber-choses : logiciels sentimentaux, love-bots et séducteurs de synthèse", les 15 et 16 juin 2017, Université de Paris Nanterre.

ORGANISE PAR :
 Agnès Giard (Université Paris Nanterre, Sophiapol)
  et  Julie Abbou (Université Paris 13)



COMITE SCIENTIFIQUE : Julie Abbou, (Paris 13), Philippe Combessie (Sophiapol EA 3932), Laurent Di Filippo (CREM), Agnès Giard (Sophiapol EA 3932), Emmanuel Grimaud (CNRS, LESC-UMR 7186), Roberte Hamayon (EPHE), Marie-Anne Paveau (EA 7338 Pléiade), Denis Vidal (URMIS-Paris Diderot). 



ARGUMENTAIRE : Alors même que l’industrie des assistants virtuels, des robots de divertissement et des jeux de simulation assure le succès croissant d’interfaces programmées pour susciter l’empathie, une Commission en robot-éthique propose au Parlement Européen (le 16 février 2017) une charte « visant à empêcher les personnes de devenir émotionnellement dépendantes de leurs robots ». Pour la rapporteuse Mady Delvaux, qui définit de façon très large le robot comme un appareil connecté, ce projet vise à limiter « les risques d’instrumentalisation par le robot » et « permettrait d’éviter que des personnes âgées, malades, handicapées, des enfants, des adolescents perturbés, …, finissent par confondre l’homme et le robot, générant alors des problèmes inédits. »

Ce colloque se propose d’étudier les enjeux et les modalités de « l’attachement aux cyber-choses » (pour paraphraser Thierry Bonnot), c’est-à-dire de comprendre comment, en amont – au niveau des concepteurs – et en aval – au niveau des utilisateurs – les humains fabriquent du lien affectif avec des entités issues des Technologies d’Information et de Communication (TIC). Qu’il s’agisse de petit copain pour écran tactile, de personnage « à aimer » (dating sim), d’épouse holographique ou de chatbot sexualisé, ces entités feraient utilement l’objet d’analyses portant sur la façon dont elles sont mises au point, appropriées, détournées, animées, aimées ou mises à distance par leurs utilisateurs. Il conviendra de replacer ces processus d’attraction et/ou de distanciation dans un contexte socio-économique, voire politique, et de s’interroger sur les stratégies qui sous-tendent la mise en circulation de ces objets qui préfigurent les « intelligences artificielles » à venir, ne serait-ce qu’en fantasme.
Une telle analyse serait susceptible d’éclairer les controverses et les débats publics actuels.



Nous proposons 4 axes de réflexion :
    

  • 1.    La fabrique du simulacre (Conception de l’ersatz). Comment et par qui sont programmés les robots de dialogue ou les personnages de jeu de simulation ? Sur quels modèles sont déclinées les interactions (dialogues, activités, partages) proposées au « joueur » ? Quels scripts affectifs et sexuels sont élaborés pour rendre ces simulacres attachants ? Quelles performances de genre leur fait-on jouer ?
    
  • 2.    La pratique de l’amour (Usages de l’ersatz). Qui sont les consommateurs et consommatrices et suivant quel parcours en viennent-ils (ou elles) à utiliser ces objets ? Quels paramétrages et scénarios sont mis au point pour rendre l’objet plus « efficace » ou, au contraire, pour en désactiver le pouvoir ? Quelles négociations économico-sexuelles sont engagées avec le simulacre ? La remise de soi réciproque est-elle possible avec un simulacre ?
    
  • 3.    L’estime sociale (Imaginaires de l’ersatz). Dans quels contextes l’usage des ersatz affectifs est-il respectable ou au contraire moteur d’exclusion ? Quelles stratégies sont mobilisées par les utilisateurs-ices pour refouler le stigmate qui les frappe ? Quelle identité construisent-ils collectivement pour surmonter le discrédit ? À quel régime de représentations et de pratiques collectives font-ils appel pour reconquérir une estime sociale ?
   
  • 4.    Les confrontations culturelles (Résistances à l’ersatz). De quels conflits culturels ou quelles stratégies d’ingérence les ersatz affectifs sont-ils les vecteurs ? Comment sont traduites les réponses que Siri donne, par exemple, à la déclaration « Je t’aime » ? Comment les utilisateurs s’ajustent-ils aux objets qui manifestent leur origine étrangère ? Quelles frontières fait-on bouger lorsqu’on interagit avec un ersatz d’importation ?



Ce colloque, organisé par le Sophiapol (EA 3932) permettra de poursuivre sur le terrain des TIC une réflexion amorcée notamment par Latour, Bonnot, Grimaud ou Bouillier concernant ce que nous enseignent les objets sur nous-même lorsque nous les désirons. Il serait également intéressant d’examiner la raison pour laquelle certains objets sont soupçonnés de mettre les utilisateurs en danger dès lors qu’ils jouent sur la corde sensible des sentiments. On se méfiera plus, en Occident, d’une voix de synthèse à la chaude tessiture que d’un bracelet connecté ou d’une carte bancaire, deux objets qui pourtant, eux aussi, sont producteurs d’informations « qui vont aller sur les réseaux, et qui vont raconter ce que nous faisons » (Bouillier). Il ne s’agit pas de disqualifier ces craintes, bien sûr, mais de les prendre en compte comme un élément supplémentaire du problème que posent les ersatz émotionnels. Le problème étant de comprendre comment s’articulent – à travers eux – le désir et le rejet de l’autre autant que le désir et  le rejet de la norme.


PROGRAMME

  • Jeudi 15 juin 2017  |  9h30-18h


9h30 | Accueil


9h45-10h00 | Philippe Combessie, directeur du Sophiapol : Mots de bienvenue.


10h-12h30 – La fabrique du simulacre : les créateurs d'ersatz face à leurs créatures
Président : Philippe Combessie (Sophiapol EA 3932)

•     Nathanaël Wadbled - Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Lorraine, France  : Aimer un non-humain. Les enjeux anthropologiques de la série Äkta Människor.
•    Clotilde Chevet - Sciences de l’Information et de la Communication, GRIPIC-Celsa, France : Siri, le robot qui m’aimait ? Etude des ressorts linguistiques d’une «ingénierie de l’enchantement ».
•    Ludivine Allienne-Diss - Sociologie, Université Picardie Jules Vernes, France : Robots sexués, robots sexuels? Une approche par le terrain.

12h30-14h30 | Déjeuner


14h30-16h00 – Interagir avec des simulacres d'animaux : pour nourrir quels affects ? 
Président : Denis Vidal (URMIS-Paris Diderot, EHESS)

•     Olivier Servais et Vincent Berry - Anthropologie, Université de Louvain, Belgique / Sciences de l’éducation, Université Sorbonne, France : S’occuper “pour de vrai” d’animaux “pour de faux”. Analyse socio-anthropologique des usages et des représentations des virtual pets par les jeunes francophones.
•     Marion Coville - Sciences de l’Information et de la Communication, Université Sorbonne, France : Les modalités d’échanges et d’attachement entre robot et personnes âgées.

16h-16h30 | Pause


16h30-18h00 – Simulacres post-mortem : l'ersatz comme promesse d'éternité ?

Président : Agnès Giard (Sophiapol)

•     Dorothea Mladenova - Etudes japonaises, Université de Leipzig, Allemagne : Who will chat with you when I’m dead? Post-mortem software from an emotional perspective.
•    Discussion autour du dessin animé L’Humanité a décliné (人類は衰退しました, Jinrui wa Suitai Shimashita), réalisé par Kishi Seiji (2012) à partir des light novels de Tanaka Roméo (mai 2007-sept. 2016).

  • 

Vendredi 16 juin 2017  |  9h30-18h

9h30 | Accueil


9h45-12h30 – Simulacres d'humains et "pratique de l'amour" : quelles interactions ?
Présidente : Julie Abbou (Paris 13)

•     Leticia Andlauer - Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Lille, France : Tomber amoureuse dans une simulation de messagerie : enjeux de la relation dans Mystic Messenger.
•     Mukae Shunsuke - Games studies, Université Ritsumeikan, Kyôto, Japon : Otome games et doublage : interférences affectives avec les “acteurs de voix”.
•     Adrien Mathy - Linguistique, sémiotique et rhétorique, Université de Liège, Belgique : Pour une approche linguistique de l’attachement aux cyber-choses : le cas des eroge.
•     Julien Bouvard et Mathieu Triclot - Etudes japonaises. Université Jean Moulin Lyon III, France / Philosophie. Université de Technologie de Belfort Montbéliard, France : Du clavier aux larmes : comment le jeu Clannad produit des affects.

12h30-14h30 | Déjeuner

14h30-16h00 – Simulacres et socialisation : des jeux de l'amour pour s'entraîner à être "normal" ?
Président : Emmanuel Grimaud (CNRS, LESC UMR-7186)

•     Sacha Demazy - Anthropologie, Université de Paris Nanterre, France : Love Plus : techno-intimité et fonctions sociales de la représentation d’une féminité « kawaii ».
•     Edmond Ernest dit Laban - Anthropologie,  Université de Paris St Denis, France et Université de Concordia, Montreal, Québec : L’amour partagé pour des personnages masculins fictifs comme régime d’homosocialité dans les communautés féminines d’otaku à Ikebukuro.

16h00-16h30 | Pause


16h30-18h00 – Simulacres et transmedia : séduire, mais suivant quelle logique ?

Présidente de séance : Julie Abbou (Paris 13)

•     Nicola Pietro Bonaldi - Anthropologie, Université de Milan-Bicocca, Italie et Université de Ritsumeikan, Kyôto, Japon : Du choix et du collectionner : les visual novels japonais et l'attachement transmédiatique.
•     Agnès Giard - Anthropologie, Université Paris Nanterre, France : Le couplage doll-idol à l'ère du monde en « 2,5 Dimensions ».
 

PROGRAMME COMPLET (résumés français-anglais) sur Le Carnet du Sophiapol : http://sophiapol.hypotheses.org/21061

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